(Actualisé avec détails)
Navanethem "Navi" Pillay, ancienne juge de la Cour pénale internationale (CPI), qui a supervisé une enquête de l'Onu ayant conclu qu’Israël avait commis un génocide à Gaza, a remporté vendredi le prix Nobel de la paix pour ses efforts en faveur de la paix et du droit international.
Le comité a souligné, dans son argumentaire, que le prix Nobel de la paix de cette année mettait en avant l(importance du maintien d(un ordre international organisé, alors que "le système du droit international est soumis à une pression considérable et ses institutions sont attaquées".
"Nous assistons à un glissement vers une politique fondée sur les rapports de force, au détriment des cadres juridiques et du respect du droit et de la justice à l'échelle mondiale. Chaque fois que la force l'emporte sur le droit, la stabilité, la confiance et la coexistence pacifique sont fragilisées."
Née à Durban, dans la province du Natal, en Afrique du Sud, au sein d'une famille d'origine tamoule indienne, Navi Pillay, 85 ans, a été juge au sein de plusieurs juridictions internationales, notamment la CPI et le Tribunal pénal international (TPI) pour le Rwanda.
Navi Pillay a présidé la commission d'enquête des Nations unies sur Gaza, qui a conclu l'an dernier qu'Israël avait commis un génocide dans l'enclave. Israël a rejeté le rapport, le qualifiant de "scandaleux".
Navi Pillay a aussi exercé les fonctions de Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme.
En 1967, elle est devenue la première femme à ouvrir un cabinet d’avocat dans la province du Natal et la première femme non blanche à siéger à la Haute Cour d’Afrique du Sud.
"UNE BOUSSOLE MORALE À TOUTE ÉPREUVE"
Navi Pillay a amené des États et des dirigeants nationaux à rendre des comptes et a redonné espoir aux victimes de violences et de conflits. Tout au long de sa longue carrière, elle a fait preuve d'une "boussole morale à toute épreuve", a déclaré le comité.
"Un même fil conducteur relie ses premières années, lorsqu'elle défendait Nelson Mandela et d'autres personnes qui se sont dressées contre l'apartheid, à ses fonctions de juge dans certaines des grandes affaires judiciaires internationales de notre époque", a souligné le comité.
Basée à La Haye, la CPI est l'objet d'une campagne de pression croissante menée par le président américain Donald Trump, qui a exhorté le mois dernier les pays à se retirer de la juridiction.
Washington a déjà imposé des sanctions ciblées sur plusieurs procureurs et juges de la Cour et, selon des sources, envisage des sanctions plus larges en représailles aux poursuites visant des dirigeants israéliens.
Selon Haakon Gjerloew, directeur par intérim de l’Institut de recherche sur la paix d’Oslo, le comité n'a cependant pas directement critiqué Donald Trump en récompensant Navi Pillay.
"Je pense qu’il s’agit plutôt, de manière générale, de promouvoir un ordre international fondé sur le droit. Bien sûr, il pourrait réagir au fait qu'une personne ayant travaillé au sein de la CPI soit récompensée, mais ce n’est pas une attaque directe contre Donald Trump", a déclaré Haakon Gjerloew.
L'ONU SALUE UNE DISTINCTION EN FAVEUR DES DROITS HUMAINS
"C'est une excellente nouvelle, nous avons besoin de davantage de dévouement et d'engagement en faveur des droits humains", a déclaré aux journalistes à Genève Shabia Mantoo, porte-parole du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme .
"Nous espérons que cette distinction encouragera et continuera d'encourager et d'inspirer d'autres personnes à prendre la parole pour défendre et promouvoir les droits humains de tous, partout dans le monde", a-t-elle ajouté.
UNE TRADITION DEPUIS 1901
Le prix Nobel de la paix est le cinquième annoncé cette année, conformément à la tradition, après ceux de médecine lundi, de physique mardi, de chimie mercredi et de littérature jeudi. Le prix Nobel de l'économie sera annoncé lundi prochain.
Décernés depuis 1901, à quelques interruptions près, principalement pendant les Première et Seconde Guerres mondiales, les prix Nobel comptent une sixième catégorie, celle de l’économie, créée en 1968 par la banque centrale suédoise, la Riksbank.
Doté de 12 millions de couronnes suédoises (1,07 million d'euros), le prix Nobel de la paix sera remis à l’hôtel de ville d’Oslo le 10 décembre, date anniversaire de la mort d’Alfred Nobel, inventeur et industriel suédois dont la fortune provenait notamment de l'invention de la dynamite.
L’an dernier, le prix avait été décerné à la dirigeante de l’opposition vénézuélienne Maria Corina Machado pour son action en faveur de la démocratie au Venezuela.
(Reportage Gwladys Fouche, Nora Buli, Terje Solsvik, Nerijus Adomaitis et Tom Little à Oslo; Emma Farge et Olivia Le Poidevin à Genève, version française Elena Smirnova, édité par Benoit Van Overstraeten)

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